jeudi 6 août 2015

17 juillet au 5 août - Lac Baikal


Nous découvrons Irkutsk sous un ciel complètement gris et une bonne averse. Nous nous sentons vraiment aux portes de l'Orient, les faciès changent, les routes sont défoncées et les maisons traditionnelles en bois tombent en décrépitude. Il y a un grand marché où tout semble se vendre, des chatons aux lunettes à soleil, en passant par des fruits et légumes de toute sorte.

Sympa l'arrivée






A louer - Bernard Nicod


Nous logeons dans un petit hôtel un peu glauque où les réceptionnistes à la mine patibulaire regardent des soaps russes à la TV 24 heures sur 24. Les douches se prennent à la cave. Nous effectuons une maintenance de nos vélos sur le trottoir devant l'hôtel, avant de reprendre la route le dimanche pour aller sur l'île d'Olkhon, située à quelques 300 km au nord d'Irkutsk.
Quelques kilomètres de pédalés pour quitter la ville et nous commençons à prendre la mesure de la folie de notre entreprise. Sur la route poussiéreuse, des 4x4 aussi énormes que rutilants nous frôlent en klaxonnant, les camions russes nous dépassent dans un nuage de fumée noire, il doit bien faire plus de 35°. Dans une montée, deux chiens surgissent du bas-côté et se ruent sur Emma en aboyant. Première attaque de chiens errants, il est temps de mettre à l'épreuve les conseils des cyclovoyageurs à ce sujet: pied à terre immédiatement, on fait mine de ramasser un caillou. Les deux chiens s'arrêtent, hésitent tout en continuant à aboyer, puis disparaissent dans les buissons. Ouf...

Nous avalons les kilomètres en direction d'Ust-Ordynsky. Montées et descentes se succèdent, ponctuées de villages dont les maisons en bois sont cachées derrière des palissades. Les chiens se jettent à nos trousses. A chaque fois, nous répétons les mêmes gestes. On se dit qu'on a bien fait de se faire vacciner contre la rage...



Le cavalier bouriate d'Ust-Ordynsky
Nous arrivons à Ust-Ordynsky, cuits après une septantaine de kilomètres sous un soleil de plomb. Le seul hôtel de la ville est fermé, les gens ne sont pas très engageants, nous ne savons que faire... Poser la tente dans le coin ne nous semble pas une bonne idée. Le découragement nous guette, nous nous posons devant une épicerie pour partager une bouteille de bière. Les enfants nous regardent en rigolant. Débarque alors un petit homme jovial, qui nous accoste en anglais. Il nous propose le gîte et le couvert non loin de là, dans un container (!). On comprend en arrivant sur les lieux qu'il s'agit d'un campement d'ouvriers arméniens saisonniers, travaillant sur le chantier d'à côté. On se pointe là, suivant notre "guide" sous le regard mi-interrogatif mi-amusé d'une dizaine d'ouvriers à torse-poil. Nous nous sentons assez mal à l'aise, ne savons comment agir. Notre hôte, Vardges, s'agite en tous sens, nous abreuve de paroles et de bienfaits. Dans le container-salle à manger où traîne de la vaisselle sale, Vardges nous offre de la viande grillée (shashlik), de la pastèque et du jus de fruit tout en babillant. Nous mangeons sans poser de questions.

Petit à petit, l'ambiance se détend, nous rentrons en contact avec d'autres ouvriers qui s'emploient à nous montrer fièrement des photos de leur famille restée en Arménie, ou des vidéos de leur pays sur leur smartphone. Nous leur expliquons d'où nous venons et où nous voulons aller. Un cuisinier tadjik prépare le repas du soir, que nous mangeons en compagnie d'une quinzaine de solides gaillards qui arrosent le tout d'incessantes tournées de vodka. Nous terminons la soirée par une bonne douche dans le bania russe installé dans un autre container. Jamais Vardges ne nous réclame quoi que ce soit, nous nous sentons très touchés par la générosité de cet homme et ses collègues. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils nous ont fait une bonne publicité pour le sens de l'accueil arménien :)
Cuisine tadjike
Nos copains arméniens, ouzbèk et tadjik
La route jusqu'à Olkhon est décidément bien longue, et la circulation intensive. C'est la ruée des touristes russes vers ce petit paradis sibérien. 4x4 remorquant des quads, camionnettes soviétiques brinquebalantes, voitures de sport qui nous soufflent hors du bas-côté, le voyage à vélo n'est pas chose aisée dans ce coin.

Camping en forêt sibérienne, sur les fourmilières
La traversée des plaines du Far East, 42° C
Le village d'Elantsy
Au troisième jour depuis Irkutsk, on ne voit toujours pas le Baikal...

Par contre, un lac salé inhospitalier et un peu puant
 "Après un excellent apéro poisson séché (omoul) et bière, nous reprenons la route à 18 heures. Dernières montées avant la vue sur le lac, peut-être. Peut-être... Un lac salé, puant, pas envie de s'y baigner. Quitter la route pour dormir, volontiers. Traversons le champ pour monter derrière cette colline. Encore monter! Plus de force... Allez, un dernier effort. Lavette humide, vive la douche. Souper pirochkis  la saucisse et aux choux. Fondue au choc, ou choc fondu, pour le dessert. La lune est croissante, petit croissant de lune pour une nuit sereine, perdus dans la plaine. Bonne nuit mon amour, les étoiles remplissent le ciel."

Extrait du journal de bord, Jonas.


On refroidit le moteur bien mis à l'épreuve...


La file des voitures attendant leur tour pour embarquer sur le ferry

Lorsque nous arrivons à l'embarcadère du ferry, nous remontons une interminable file de voiture (petite revanche), dont certaines attendrons plus de quinze heures pour se faire débarquer sur l'île. Mais dans quel coin sommes-nous arrivés? Nous en hésitons presque à faire demi-tour :P Serait-ce donc le Phuket local, pour touristes beaufs en mal de fun?

Sur le ferry, nous faisons connaissance avec Karina et Alexis, un jeune couple d'Irkutsk en VTT. Nous décidons de passer quelques jours ensemble sur l'île, et campons sur une belle crique pas trop peuplée. Las, une équipe de Russes décide de faire la fête le soir-même, grâce à un gros sound-system installé dans le coffre de leur voiture. Techno russe à coin jusqu'à une heure avancée. Nous qui nous réjouissions de passer une nuit au calme dans la nature...

Les jours suivants nous prenons le temps de découvrir l'île, aux innombrables baies et plages de sable magnifiques. Nous avons parfois l'impression d'être au bord de la mer... Seule ombre au tableau, bien que réserve naturelle, l'île est parsemée de déchets et de décharges à ciel ouvert. En Russie, pas de tri ni de traitement des déchets. Le tout est brûlé sur place, et le vent emporte bien des déchets en tous sens. Il n'est pas rare de voir flotter des sacs plastique à la surface du Lac Baikal.



Viande de singe russe
Avec Karina et Alexis


Les vaches aussi ont le droit de profiter du lac
Le village principal de l'île, Khoujir

Nous passons cinq jours sur l'île avant d'effectuer une traversée houleuse de 5 heures pour rejoindre Ust-Barguzin. Le bateau a du retard, en attendant sur la plage nous sympathisons avec Nikolai et Angelika, un couple de motards de St-Petersburg en vadrouille à l'est du pays.

Nous assistons, un peu médusés, à l'arrivée de l'aéroglisseur. Seule une étroite échelle verticale mène sur le bateau. Déjà compliqué pour y monter des vélos, nous nous demandons bien ce que va faire notre comparse Nikolai avec sa Yamaha 125. No problem, la moto est hissée sur le pont, tirée d'un côté par les marins, poussée de l'autre par Nikolai qui met les gaz pour aider. Nous n'avons jamais vu un truc pareil. En Russie, rien ne semble impossible, il y a toujours moyen. Sacré spectacle!

Jonas se rappelle de ses traversées en Afrique

Ca s'annonce compliqué, le pont est à 3 mètres de haut...

La traversée jusqu'à l'autre rive s'effectue à grande vitesse, nous sommes secoués comme dans une machine à laver, nous avons les deux la nausée. On ferme les yeux et on attend que ça passe. Nos deux motards passent la majeure partie de la traversée sur le pont pour surveiller leur moto. Sur le coup des 23h, nous débarquons au port d'Ust-Barguzin, dans une obscurité totale. Nous sommes bien contents d'avoir sympathisé avec Nikolai et Angelika, qui nous proposent d'aller camper ensemble sur la plage un peu plus loin. Sans eux nous n'aurions eu aucune idée d'où aller et nous serions sentis bien vulnérables...

Angelika et Nikolai, les deux fiers motards russes

Le lendemain matin, nous faisons nos adieux à nos deux amis qui reprennent la route pour la région d'Irkutsk. Nos estomacs quelque peu mis à mal nous réclament une journée de pause, on se requinque grâce aux petits plats de Jonas et on repart le mardi en direction d'Ulan-Ude, à 270 km au sud. L'air est lourdement chargé de fumée, si opaque qu'on voit difficilement à 1km. D'immenses pans de forêts brûlent, non loin. S'enchaînent des routes de tôle ondulée, poussiéreuses et sablonneuses.

La fumée opacifie l'air et remplit les poumons
 





Des lignes droites à travers des paysages forestiers, des dizaines de kilomètres le nez dans la roue de son compagnon de route.


On se fait régulièrement prendre en photo à la sauvette, nous sommes totalement extravagants aux yeux des Russes... Nous bivouaquons au bord du Baikal, sur le sable, où nous savourons de magnifiques couchers de soleil. Les nuits se passent au rythme des basses assourdissantes des autoradios russes. Des bains quotidiens dans l'eau douce et fraîche nous permettent de nous décrasser et nous rafraîchir. Nous en profitons même pour remplir nos bouteilles d'eau potable à même le lac, réputé pour son eau cristalline.

Pause de midi sous le tarp. Merci Philippe!
Des couchers de soleil spectaculaires...
Et des kilomètres de route rectiligne
L'eau du lac est pompée par camion pour les villageois
Tentative de riviera, inachevée bien entendu

Village sibérien typique, très accueillant avec les zouaves comme nous :/

Mais il fait quoi??
Une route de 4 jours parsemées d'aventures peu intéressantes nous amène à Ulan-Ude, capitale de la Bouriatie. Nous allons nous reposer à l'hôtel pour une douche à l'eau chaude après 15 jours de nuits sous tente.

Petite parenthèse culinaire: en Russie, la cuisine "populaire" est très restreinte et peu créative. Composée bien souvent de patates, de viande hachée à la patate, de trucs frits bien gras à la patate et de patates... Pirochkis et dumplings de viande se mangent de Moscou à Oulan-Ude, sans beaucoup de variation. Nous leur préférons biscuits de toutes sortes et chocolats, petits plats maison aux concombres et tomates. Un besoin de sucre assez irrépressible se fait sentir, nous testons plusieurs sortes de lait condensé pour agrémenter nos birchers matinaux.

Photo du photographe qui nous a photographiés

dimanche 2 août 2015

13 juillet au 17 juillet - Transsibérien: pirochkis et provodnitsas

Ah ces vélos alors! Ils nous en auront vraiment fait voir de toutes les couleurs! Une fois dans le train, il a fallu trouver un rangement adéquat afin de respecter l'espace nécessaire à chacun. Nous avons réussi à placer une des deux grosses boîtes en carton (1m/2m/20cm) au dessus du couloir, à la hauteur de notre couchette, et l'autre dans le compartiment d'à côté. Après plus de 24 heures de train, il a fallu changer les cartons de place car ils pouvaient potentiellement déranger les futurs passagers embarquant à Iekaterinburg... Si nous étions allés en 3ème classe, nous n'aurions peut-être pas eu autant de soucis?

Arrivés dans le train, nous sommes décontenancés de «devoir» partager notre compartiment avec 2 étudiantes en médecine parisiennes! Pour l'immersion avec de vrais Russes, on repassera :P Au fil du temps, nous nous rendons vite compte que dans cet espace confiné, il est très agréable de parler le même langage et partager une culture commune. L'accueil est des plus sympathiques, elles nous offrent un peu de leur place pour nos innombrables sacoches. Nous partageons les repas, tout en discutant de nos vies et du quotidien. Nous apprécions pouvoir glâner quelques informations dans leurs guides touristiques. Cécile et Alyette nous régalent de leur fraîcheur de vivre et de leur débrouillardise. (Les filles, nous avons perdu vos coordonnées dans l'agitation du remontage des vélos sous la pluie, désolés :( Renvoyez-nous tout ça par message, si vous le voulez bien!)
Les deux amies occupent les couchettes du bas et nous celles du haut. Pendant la journée, nous relevons les couchettes du haut afin de nous offrir davantage de place et vivre ensemble dans un espace confortable. Mouvement saccadé en continu; lignes droites et virages qui font pencher le train de droite à gauche, sur de longues courbes. Nous vivons dans la 3ème voiture après la locomotive, le convoi comprend 13 wagons.

Un peu de lecture au lit
Avec Cécile et Alyette. Dégustation de nouilles instantanées.
Le légendaire samovar
Le troisième matin, grosse incompréhension. Le jour étant levé depuis plusieurs heures, la nature est baignée de soleil. Jonas se lève, car réveillé à plusieurs reprises. Marre de tourner en rond sur cette banquette trop étroite pour la grasse-mat !

Ne faisant pas trop de bruit, il s'en va aux toilettes (peu ragoûtantes) pour le rafraîchissement matinal. Dans la rame, peu de compartiments ouverts, gros doute. Mais quelle heure est-il ? De retour à la cabine, Jonas observe la montre de Cécile qui semble marquer 12h! Bon les amis, il est l'heure de bruncher, là! Le soleil ne demande qu'à inonder la chambre de sa chaleureuse lumière. Cécile bouge, puis Alyette. Soudain, ça râle… il n'est en effet pas 12h mais 6h du mat ! Complètement décalé!

Heure de Moscou, ou heure locale ? On pourrait revoir nos pendules, nous avons ces 3 derniers jours traversés 3 ou 4 fuseaux horaires. Il est temps de se mettre à l'heure d'Irkutsk et plus celle de Moscou !

Nous prenons alors le petit déj à 10h30, afin de suivre un peu le soleil et ne pas se coucher à une heure indécente car nous arrivons demain matin à Irkutsk, à 8h30 ou 3h30, heure de Moscou…Vous y comprenez quelque chose, vous ?

Nous traversons depuis lundi des paysages semblables, à savourer des nouilles chinoises, des pizzas froides, des salades de concombre et de tomate, du pain de mie. Le samovar contient sans interruption de l'eau bouillante pour nos thés, nouilles et autres purée en poudre.


Le temps commence à paraître long… Pendant la soirée, nous apprenons le jass à nos amies françaises. On se prend même une grosse déculottée à Trafalgar...

Environ toutes les heures, le train s'arrête pour desservir une gare perdue en pleine Sibérie. Occasion pour nous de nous aérer, faire quelques pas sur le quai, acheter les denrées qui nous permettront de partager un nouveau moment de convivialité sur notre petite table.


 






Les activités à bord sont plutôt tranquilles et sans précipitation. Bouquin, guide touristique, jeu de cartes, balade dans le train pour apprécier l'ambiance des autres wagons, se perdre à regarder le paysage bien que monotone, mais si beau, faire des étirements. Nous profitons de mettre à jour le blog, qui totalise 3 semaines de retard. Nous pourrons ainsi aller visiter le lac Baïkal et sa nature sauvage en toute quiétude, le site est à jour.

A l'arrivée à Irkutsk, une de nos deux provodnitsas insiste pour se faire prendre en photo avec nous et nos vélos en pièces détachées, sur le quai. Inversion des rôles, ici ce sont nous les bêtes curieuses... Et cela ne fait que commencer.